Paris, le 20 mars 2020

Monsieur le Premier Ministre,

Les annonces du Président de la République, du ministre de l’économie et du ministre du travail, renvoyant sur les travailleurs la responsabilité de choisir entre droit de retrait, congés payés, chômage partiel, licenciement ou prime d’activité démontrent jour après jour l’irresponsabilité des décisions et leur totale inapplicabilité sur le terrain. Profitant de la crise sanitaire, pour imposer des mesures anti-sociales, le gouvernement fait le choix de punir ceux qui se battent avec solidarité et courage contre l’épidémie de Covid19.

Dans la même veine ce 18 mars, le PDG du groupe Air Liquide a tenu à rassurer d’abord ses actionnaires dans un communiqué largement relayé par la presse financière du pays, ventant la résilience du groupe Air Liquide à faire face à la crise sanitaire qui s’est abattue sur le monde en quelques semaines.

L’effet d’annonce selon lequel Air Liquide va quadrupler sa production de respirateurs artificiels a eu un effet : Celui de faire remonter le court de l’action !

Parler aux actionnaires (augmentés de 24% en 3 ans) et mettre de côté les salariés, cela fait la démonstration d’une dérive majeure car oui, le fleuron français des gaz industriels et médicaux a pris la forme d’une banque industrielle d’investissements privés, au total service de ses actionnaires dont BlackRock.

Si nous sommes en guerre contre un ennemi invisible, nous sommes aussi en guerre de classe. Dilapider la richesse en direction des actionnaires au détriment de l’amélioration de la qualité de vie et de la santé publique c’est condamner des millions de salariés et de français, qui depuis plusieurs semaines, sont seuls face à l’épidémie toujours plus importante du virus Covid19.

Pour les salariés soumis à l’injonction paradoxale du lien de subordination qui peinent à jongler entre urgence sanitaire et urgence économique la réponse est simple : La vie avant les profits !

Confrontés aux objectifs de croissance à deux chiffres exigés par la maison mère, dans l’objectif d’une distribution toujours croissante de dividendes – 1 milliard 200 millions en 2019, soit 54% du résultat net mondial – cela ne laisse que peu de marge de manœuvre pour penser sereinement la prévention de la sécurité et de la santé des travailleurs.

Alors que la solidarité financière des groupes du CAC40 s’est mise au chevet de la cathédrale Notre Dame le 15 avril 2019, il est insupportable que les exigences nationales du gouvernement cherchent à épargner les décideurs du grand patronat, riches à milliards, face à la crise sanitaire qui touche aujourd’hui l’humanité et les travailleurs en première ligne.

En 2013, au lendemain de la pandémie de grippe H1N1 le groupe Air Liquide se séparait de sa productive filiale Anios après avoir récupéré le fruit de la distribution de stocks entiers de gel hydroalcoolique et de solutions d’hygiène et de désinfection.

Aujourd’hui, en pleine crise sanitaire et sentant le vent tourner, l’annonce des dirigeants du groupe Air Liquide de relever le prix de vente de sa filiale Schülke & Mayr est purement scandaleuse.

Rappelons que cette entreprise dont le siège est situé en Allemagne est leader dans le domaine de la désinfection hospitalière, de la prévention et de l’hygiène et qu’elle compte 1 200 salariés dans 22 pays. Tout comme Anios, l’entreprise Schülke & Mayr filiale d’Air Liquide fabrique ce dont le monde à besoin pour se protéger du virus CoVid19.

Notre syndicat soutient l’idée que c’est en premier lieu aux citoyens et aux victimes de l’épidémie, ainsi qu’aux salariés que le PDG du groupe Air Liquide aurait dû s’adresser en annonçant la mise à disposition gratuite de la production du groupe en matière de produit de désinfection, de protection, de respirateurs et de gaz médicaux, auprès des services de santé publics, des associations de soins à domicile, des Ehpad.

Depuis de nombreuses années, la CGT alerte sur les choix politiques de la Direction Générale du Groupe Air Liquide qui depuis plus de vingt ans privilégie le versement de dividendes toujours en évolution et jugule les investissements en direction de l’outil de production, de l’emploi, du Salaire socialisé et du développement des qualifications.

Comme dans d’autre secteurs, si le télétravail s’accommode parfaitement pour les salariés dont l’activité y est compatible, il n’en est pas de même pour les personnels dont la profession est de pourvoir à la production des gaz, matériels et services nécessaires à la santé, les soins à domicile ou encore à l’industrie alimentaire.

C’est à eux qu’il est demandé toujours plus de sacrifices, eux qui sont en première ligne, salariés, sous-traitants, travailleurs précaires, intérimaires et stagiaires, tous exposés aux mêmes risques. Ce sont eux qui seront une nouvelle fois les premiers concernés par les mesures de chômage partiel, s’ils ne choisissent pas de céder au chantage pour être mis à disposition d’autres filiales métiers pour lesquels ils ne sont absolument pas formés.

Oui, le groupe Air Liquide par la haute qualification des salariés qui le compose est stratégique et c’est la raison pour laquelle nous exigeons :

  • La mise à disposition gratuite par le groupe Air Liquide de produits de désinfection et de protection, de respirateurs médicaux, de gaz médicaux (oxygène, azote,…) et industriels notamment pour l’industrie alimentaire et pétrolière.
  • L’arrêt de toute activité de production non essentielle pour permettre aux salariés, stagiaires, intérimaires, sous-traitants d’être en sécurité et de répondre aux mesures de confinement.
  • Que les mesures de chômage partiel ne puissent donner lieu à aucune perte de salaire ni de licenciement y compris pour tous les salariés CDD, intérimaires, sous-traitants.
  • Que les grands groupes industriels et de services soient dès à présents sommés de mettre en place et de communiquer publiquement leurs plans de continuité d’activité ainsi que leur plan de reprise d’activité en prévision d’un retour à la normale.
  • A court terme,  la création d’un pôle public d’État regroupent les gaz médicaux et industriel, l’Eau, l’Énergie, comme biens communs nécessaires à la vie, ainsi protégés des logiques de marché

Tout comme l’eau, l’air que l’on respire est une matière première gratuite qui appartient à tous doublée d’une nécessité vitale pour l’humain. Ceci pose la question légitime de la production des gaz industriels et médicaux, matériels et services utiles à la vie humaine.

Nous vous demandons d’obtenir des dirigeants du groupe Air Liquide d’engager leur responsabilité, d’organiser l’arrêt de toutes activités non vitales de production et de mettre la production stockée du groupe en matière de produit de désinfection, de protection, de respirateurs médicaux et de gaz médicaux, à la disposition immédiate des services de santé publics, des associations de soins à domicile, des Ehpad.

Contact : Bureau du syndicat