Communiqué du Syndicat CGT groupe Air Liquide de la région parisienne
Montreuil, le 19 mai 2026
Près de 2 000 emplois supprimés en France depuis 2023. Voici le lourd tribut payé par les travailleur·euse·s d’Air Liquide, alors que le groupe affiche des résultats financiers exceptionnels : 27 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025, une marge opérationnelle de 20,7 % et 2,2 milliards d’euros de dividendes distribués en 2026, soit 63 % de la richesse créée par le travail des salarié·e·s. Le syndicat CGT du groupe Air Liquide de la région parisienne dénonce avec force une logique de profit à tout prix, au mépris des travailleur·euse·s et de l’intérêt général.
Une politique de licenciements massifs et organisés
Depuis 2023, Air Liquide a mis en œuvre une série de plans de restructuration qui ont conduit à la suppression de 1 939 emplois en France. En 2023, 1 038 postes ont été supprimés au sein de Pharmadom, filiale de Santé à Domicile. En 2024, 470 emplois ont disparu chez Vitalaire. Le plan FIT, lancé la même année, a entraîné la suppression de 378 postes, dont 269 chez Air Liquide France Industrie.
En novembre 2025, un nouveau plan a été annoncé : 645 suppressions en Europe, dont 162 en France, touchant notamment les sites d’Air Liquide France Industrie et d’Air Liquide Santé France. Enfin, en 2025, 31 licenciements sont prévus avec la cession de l’activité nutrition de Pharmadom, et 40 postes ont été supprimés dans les fonctions IT & Digital au sein d’Air Liquide IT.
Ces suppressions massives interviennent alors que ces filiales de prestations médicales à domicile, bien que rentables, ne dégagent « que » 19 % de marge, un niveau jugé insuffisant par la direction générale. Pourtant, ces activités vivent à 100 % des remboursements de la sécurité sociale, c’est-à-dire des cotisations sociales des Français. Comment accepter que l’intérêt général via ces activités de santé essentielles soit sacrifié pour des marges déjà exorbitantes ?
Des aides publiques sans contrepartie sociale
Air Liquide a bénéficié de près de 200 millions d’euros d’aides publiques françaises en 2023. Comme le révèle la commission d’enquête sénatoriale sur l’utilisation des aides publiques, les grandes entreprises françaises bénéficient de subventions publiques colossales sans aucune obligation de maintien de l’emploi, de formation ou de transition écologique.
Les aides publiques aux entreprises ont atteint 211 milliards d’euros en 2023, soit 7,2 % du PIB français. Ces aides représentent un quart du budget de l’État, soit 2,5 fois le budget de l’Éducation nationale, 5 fois celui de la Transition écologique et 11 fois celui de la Santé et des Solidarités.
Malgré ces aides, les contribuables financent des plans sociaux et des délocalisations, tandis que les actionnaires perçoivent des dividendes records. En 2026, Air Liquide distribuera 2,2 milliards d’euros de dividendes à ses actionnaires, soit une hausse de 12,1 % par rapport à 2025.
Une répression syndicale condamnée par la justice
La stratégie antisyndicale d’Air Liquide ne se limite pas à des pressions internes. Le Tribunal judiciaire de Paris a condamné le groupe le 23 janvier 2024 (jugement confirmé en janvier 2025) pour défaut de neutralité syndicale dans sa filiale Air Liquide IT. La direction y a été reconnue coupable d’avoir favorisé la CFE-CGC lors des élections professionnelles, manquant ainsi à son obligation légale de neutralité.
Cette condamnation n’est pas un cas isolé : Air Liquide avait déjà été sanctionné en avril 2015 pour des pratiques discriminatoires à l’égard de la CGT. La CGT dénonce une stratégie délibérée de répression antisyndicale et de favoritisme, visant à affaiblir l’opposition syndicale au sein du groupe.
La CGT dénonce également des pressions sur les représentant·e·s du personnel, des entraves à l’exercice du droit syndical (marginalisation des carrières, refus d’accès aux locaux, limitation des heures de délégation et de formation) et des licenciements ciblés de salarié·e·s engagé·e·s dans des actions syndicales collectives.
La CGT ne se laissera pas intimider et exige le respect strict de ses droits.
Des salaires indignes malgré des profits records
Le rapport annuel 2025 d’Air Liquide indique une marge opérationnelle de 20,7 % et un résultat net récurrent en hausse de 9,7 %. Pourtant, les salaires des salarié·e·s n’ont pas suivi cette progression.
Il n’est plus question de parler de « négociations » dès lors que la direction générale impose ses décisions unilatérales pour des augmentations de salaires inférieures à l’inflation depuis plusieurs années.
Comment vivre dignement avec de tels revenus alors que l’inflation explose et que le groupe réalise des marges records ?
Face à cette situation intolérable, nous exigeons :
L’arrêt immédiat des licenciements et un moratoire sur les suppressions d’emplois en France. Nous demandons également le respect strict du droit syndical, avec la fin des pressions, des entraves et des licenciements ciblés contre les militant·e·s.
Sur le plan salarial, nous réclamons l’augmentation immédiate des salaires, afin de rattraper l’inflation et de restaurer le pouvoir de vivre dignement de notre travail. Nous exigeons également la transformation des primes non cotisées en salaire socialisé et la transposition immédiate de la directive européenne sur la transparence salariale pour supprimer les écarts de rémunération entre hommes et femmes.
Enfin, nous appelons à l’arrêt des délocalisations et à la relocalisation des activités stratégiques en France, avec des investissements dans la formation et l’innovation. Les aides publiques doivent être conditionnées à des engagements fermes de maintien de l’emploi et de transition écologique.
Il n’y aura pas de victoires sociales sans mobilisation !
Le syndicat CGT du groupe Air Liquide de la région parisienne appelle les salarié·e·s à se mobiliser pour exiger l’arrêt des suppressions d’emplois et la mise en place d’un plan de maintien et de développement de l’emploi industriel en France.
Des réunions syndicales seront organisées dans chaque site pour discuter de ces revendications et préparer les actions à venir.