Communiqué du Syndicat CGT Groupe Air Liquide – Région parisienne
Montreuil, le 5 octobre 2026
Un mois après l’entrée du fonds activiste Elliott au capital, la direction d’Air Liquide a présenté le 5 octobre son plan stratégique BEYOND. Rachats d’actions massifs, course aux marges, intelligence artificielle généralisée : les salarié·es sont les grand·es absent·es du plan. Le syndicat CGT Groupe Air Liquide de la région parisienne tire la sonnette d’alarme et porte les exigences des salarié·es.
4 milliards pour les actionnaires, zéro engagement pour les salarié·es
Le plan BEYOND prévoit un programme de rachat d’actions de 4 milliards d’euros d’ici fin 2028, présenté par la direction comme une première, et une amélioration de la marge opérationnelle de 4 à 6 points d’ici 2030 (Air Liquide, 2026). Pour y parvenir, la direction mise sur « la simplification continue de l’organisation », la standardisation des processus, les services partagés, la centralisation des achats et l’intelligence artificielle, « désormais déployée dans toutes nos activités ».
4 milliards d’euros, c’est l’équivalent de plus de 60 000 euros par salarié·e du groupe, et environ 24 fois les rachats réalisés début 2026 (Reuters, 2026).
Aucun engagement chiffré sur l’emploi ni sur les salaires ne figure dans la présentation de la direction. Seule mesure annoncée pour les salarié·es : une offre annuelle d’actions réservées.
Le syndicat CGT Groupe Air Liquide de la région parisienne dénonce un plan qui fait passer la rémunération des actionnaires avant celles et ceux qui produisent les richesses.
Le « modèle Linde » : les actionnaires d’abord
Elliott presse Air Liquide de se rapprocher des marges de son concurrent Linde (Reuters, 2026). En 2025, Linde a reversé 7,4 milliards de dollars à ses actionnaires, soit environ 113 000 dollars par salarié·e, alors que la rémunération totale de son ou sa salarié·e médian·e s’élevait à 50 860 dollars. Son PDG a perçu 21,8 millions de dollars, soit 428 fois cette rémunération médiane (Linde, 2026). BEYOND en reprend les recettes : hausse des marges et rachats d’actions massifs.
Chez Air Liquide, la course à la rentabilité est déjà engagée
En 2025, le groupe a réalisé un bénéfice net record de 3,5 milliards d’euros, porté notamment par un niveau record d’« efficacités » de 631 millions d’euros, en hausse de 27 %. Le dividende versé au titre de 2025 atteint environ 2,2 milliards d’euros, en hausse de 12,1 % par action (Air Liquide, 2026). En 2026, la rémunération de long terme du directeur général a été relevée de 150 % à 180 % de sa part fixe, au motif qu’elle était inférieure aux pratiques de marché (AFP, 2026). Les salarié·es, qui produisent ces richesses, attendent toujours leur part.
Ouvrier·es, employé·es, techs, ingés et cadres : tou·tes concerné·es !
Regrouper des activités dans des services partagés et centraliser les achats, c’est mutualiser des postes aujourd’hui répartis dans les filiales et sur les sites. Les fonctions support, l’informatique, les achats et la relation client sont en première ligne, avec le risque de suppressions de postes, de mobilités imposées et de transferts d’activité. Sur les sites comme dans les bureaux, faire plus avec moins, c’est davantage de charge de travail et de pression, au détriment de la santé, de la sécurité et de la qualité du service rendu aux client·es et aux patient·es.
Près de 2 000 emplois supprimés en France depuis 2023 : 1 939 selon le décompte de la CGT, alors que le groupe a réalisé un bénéfice net record en 2025 (CGT Air Liquide, 2026).
Ces risques ne relèvent pas de la théorie. Depuis 2023, le plan FIT et les restructurations qui l’ont accompagné se sont succédé : Pharmadom en 2023, Vitalaire en 2024, le plan FIT la même année (378 postes, dont 269 chez Air Liquide France Industrie), puis un nouveau plan annoncé en novembre 2025, avec 645 suppressions en Europe dont 162 en France. En Belgique, les salarié·es des sites de Mons et de Seraing ont fait grève en 2026 contre un plan de licenciement collectif (RTBF, 2026). Et BEYOND prévoit d’intensifier les leviers de performance engagés dans le plan précédent.
Moderniser nos sites plutôt que racheter des actions
Pendant que les actionnaires sont servis, une partie des sites industriels français vieillit. Les élu·es CGT alertent régulièrement sur l’état d’installations anciennes et sur leurs conséquences pour les conditions de travail et la sécurité. En France, des activités ont déjà fermé pour cause de vétusté, et des transferts d’activité entre sites ont réduit des équipes au point de faire craindre des fermetures. Laisser vieillir un site, c’est exposer les salarié·es et menacer l’emploi.
BEYOND prévoit environ 24 milliards d’euros de décisions d’investissements industriels d’ici 2030, alors que le groupe affiche quatre marchés prioritaires : l’électronique, la transition énergétique, la santé et le spatial (Air Liquide, 2026). Le syndicat CGT Groupe Air Liquide de la région parisienne exige qu’une part de ces investissements soit consacrée à la modernisation et à la mise en sécurité des sites français, pour protéger la santé des salarié·es et pérenniser l’emploi.
Un plan qui laisse les mains libres à la direction
Les objectifs du plan portent sur le résultat net récurrent par action (+10 % par an), la rentabilité des capitaux employés et les émissions de CO2. Croissance, marge et allocation du capital ne sont que des « leviers » ajustables, précise l’annexe du plan. Si les ventes ralentissent, ce sont les coûts, donc l’emploi et les salaires, qui risquent de servir de variable d’ajustement. Quant aux rachats, en réduisant le nombre d’actions, ils font mécaniquement progresser le résultat par action, sans créer un euro de richesse supplémentaire.
L’actionnariat salarié ne remplacera jamais le salaire
Les actions réservées s’achètent avec l’épargne des salarié·es, qui en supportent seul·es le risque de perte. Elles ne comptent ni dans le salaire de base ni dans le calcul de la retraite et ne financent pas notre protection sociale. Placer à la fois son emploi et son épargne dans la même entreprise, c’est doubler son exposition en cas de difficulté. Seules des augmentations générales de salaire garantissent durablement le pouvoir d’achat et de vie des salarié·es.
Nos exigences
Le syndicat CGT Groupe Air Liquide de la région parisienne exige des garanties écrites, filiale par filiale : aucune suppression d’emploi ni plan social pendant toute la durée du plan, aucune mobilité forcée ni transfert d’activité hors de France, des embauches là où les effectifs manquent et une évaluation des risques pour la santé avant toute réorganisation, ainsi qu’un plan de modernisation et de mise en sécurité des sites industriels français. Il revendique qu’une part des 4 milliards d’euros finance de véritables augmentations générales des salaires, ainsi qu’un accord encadrant le déploiement de l’intelligence artificielle. Il exige enfin la transparence sur les échanges entre la direction et Elliott.
Il portera ces exigences devant le comité de groupe, le comité d’entreprise européen et chaque CSE de filiale, avec l’appui d’expert·es, et exigera la déclinaison du plan par site dans les BDESE. Il les défendra dans la négociation sur la gestion des emplois et des parcours professionnels et dans les NAO.
Vigilance, mobilisation, syndicalisation : une CGT renforcée pour inverser la donne !
Le syndicat CGT Groupe Air Liquide de la région parisienne appelle les salarié·es à la plus grande vigilance. Ne signez rien sans en avoir parlé à vos élu·es, qu’il s’agisse d’un changement de poste, de service, de lieu de travail ou de missions. Signalez tout projet de regroupement, de transfert d’activité ou de non-remplacement de poste : chaque information remontée du terrain renforce la capacité des élu·es à agir.
Il appelle l’ensemble des salarié·es, syndiqué·es ou non, à se mobiliser dans les assemblées et les initiatives organisées sur les sites. Face à un plan de cinq ans, seul un rapport de force collectif permettra d’imposer des engagements sur l’emploi, les salaires et les conditions de travail.
Il appelle enfin les salarié·es à renforcer la CGT pour inverser le rapport de force. La CGT agit déjà, ses élu·es interviennent dans les CSE, au comité de groupe et au comité européen, alertent, demandent des expertises et portent les revendications des salarié·es dans chaque négociation. Mais son poids dépend directement des salarié·es eux-mêmes, de leurs votes aux élections professionnelles et du nombre de syndiqué·es. Aujourd’hui troisième organisation syndicale du groupe, la CGT peut peser bien davantage, car c’est l’audience électorale qui détermine la représentativité et la capacité à valider ou à bloquer un accord. Plus la CGT sera forte, en adhérent·es comme en voix, plus les exigences portées dans ce communiqué compteront : zéro suppression d’emploi, des augmentations générales de salaires et des garanties écrites pour toutes et tous.
Adhérer à la CGT, voter CGT aux élections professionnelles, c’est se donner les moyens de ne plus subir les choix de la direction.
Nos emplois, nos salaires et notre santé valent plus que leurs rachats d’actions !
Contact presse : bureau du syndicat.